Vie(s) ordinaire(s) des (jeunes) femmes dans Un homme, ça ne pleure pas et La discrétion de Faïza Guène
Mots-clés :
pratiques quotidiennes, jeune fille, mère, tradition, révolteRésumé
Dans la littérature des «intranger.e.s» – ces auteur.e.s se réclamant d’un «entre(-)deux» (France vs. bled) à la fois écrasant
et enrichissant -, les personnages féminins occupent une place centrale. La mère y apparaît comme le pilier du clan, garante de
l’éducation des filles et de la transmission d’un héritage culturel fondé sur des normes patriarcales et religieuses. Petite, elle s’est vu confisquer sa liberté; adulte, elle mène une existence recluse dans un pays où elle ne se sent jamais pleinement chez elle. Les chefs du clan – son mari et ses fils –, ainsi que la communauté, attendent des jeunes filles qu’elles reproduisent ce modèle. Pourtant, nombreuses sont celles qui, souffrant de la «crise de l’adolescence», refusent de se plier aux injonctions de discrétion et de soumission, cherchant au contraire à s’émanciper. Dans notre contribution, nous analyserons les pratiques quotidiennes de ces deux catégories de personnages – mères et filles – telles qu’elles sont inscrites dans les romans Un homme, ça ne pleure pas (2014) et La Discrétion (2020) de Faïza Guène. Nous identifions d’abord un quotidien immémorial des mères, figé dans l’enfance et marqué par une nostalgie du bled. Ensuite, nous évoquerons le quotidien «temporaire» des mères immigrées en terre marâtre, caractérisé par l’enfermement, le silence et le renoncement. Puis nous explorerons le quotidien des «filles comme il (leur) faut», éduquées dans le respect des traditions. Enfin, nous approfondirons le quotidien des «filles du péché», prêtes à transgresser les normes pour embrasser leur liberté, quitte à en Littératures française et francophone payer le prix fort. À travers ces figures féminines, Faïza Guène interroge la transmission des valeurs, la quête d’émancipation et le poids du regard social dans un contexte de double appartenance culturelle